Résilience ?

novembre 25th, 2016
Daniele
RESILIENCE ?
Alain HOUCHOT, Inspecteur Général honoraire, Président d’OMEP-France

Houchot

Etymologie : de l’anglais « resilience », issu du latin « resilire », rebondir, rejaillir.

DEFINITIONS

En physique, la résilience est la capacité des matériaux à résister aux chocs ou à retrouver leur forme initiale après avoir été comprimés ou déformés. Le coefficient de résilience est le rapport entre l’énergie nécessaire pour casser un objet et la surface de la section qui est brisée.

En zoologie, la résilience est la capacité de reproduction inemployée d’une espèce animale en raison d’un environnement hostile, mais susceptible d’une brusque expansion si cet environnement devient plus favorable.

En psychologie, la résilience est la capacité d’un individu à résister psychiquement aux épreuves de la vie, à ne pas se décourager, à ne pas se laisser abattre, à « rebondir ». Celui-ci prend acte du traumatisme qu’il a subi pour se reconstruire et se développer en dépit de l’adversité.

La résilience consiste à prendre acte d’un traumatisme, à apprendre à «vivre avec» et à rebondir en changeant de perspective, voire même à se délivrer d’un passé traumatisant pour devenir plus fort.

La résilience permet à l’individu de dépasser son état actuel et de ne pas rester dans une situation précaire. Elle serait favorisée par une structuration précoce de la personnalité, des expériences constructives de l’enfance antérieures aux évènements traumatisants,la décentration et la réflexion, la mise en mots, tout cela permis ou non par l’intermédiaire d’une thérapie.

Développement du concept de résilience

Evoqué d’abord dans les années 1940 par des psychologues scolaires américains, puis en France au début des années 1980 par John Bowlby (pédiatre et psychanalyste), le concept de résilience fut popularisé, en France, par Boris Cyrulnik, éthologue, neuropsychiatre et psychanalyste.

Il développe le concept de résilience en psychologie, à partir de l’observation des survivants des camps de concentration, puis de groupes d’individus, dont les enfants des orphelinats roumains et les enfants boliviens de la rue. »

Pour Boris Cyrulnik, « la résilience »définit la capacité à se développer malgré des environnements qui auraient dû être « délabrants ».

Il popularise ce concept en France,à partir de2002,dans un ouvrage qui fera son succès : «Un merveilleux malheur ».Il y étudie à partir d’exemples concrets ce mystérieux processus qui fait que l’enfant, l’adulte « surmonte l’insurmontable ».

Résilience et handicap socio-culturel

En partant de sa propre expérience, étayée par l’observation de nombreuses autres situationsdans lesquels des individus sont confrontés à de lourds traumatismes, B Cyrulniknous fait comprendre que l’on peut aborder différemment la structuration mentale et psychique des individus. L’homme peut surmonter un très haut niveau d’adversité, se réorganiser et retrouver un fonctionnement adapté malgré les perturbations vécues.

La résilience en tant que mécanisme psychologique vient donc rééquilibrer nos analyses concernant les effets des processus en marche au cours de l’enfance et la petite enfance.

Des notions largement répandues, comme le déterminisme social « le handicap socio-culturel » ou l’impact de traumatismes précoces, doivent être réinterrogées ainsi que leur influence sur le développement ultérieur des enfants, sur leur capacité à faire les apprentissages attendus.

Quels que soient le contexte et l’histoire antérieure d’un enfant nous avons le pouvoir de lui faire surmonter ce qui a pu être perturbant pour lui.

La capacité de chacun à la résilience est une ressource essentielle, elle doit nous permettre de repenser notre pouvoir d’éducateur, de regarder positivement l’avenir de chaque enfant. Grace à ce mécanisme, le malheur, les traumatismes, les limitations peuvent être perçus surmontables. Cela vaut aussi pour ce qui est trop souvent et faussement analysé comme une fatalité sociale.

Le mécanisme du processus de résilience

Selon les spécialistes, l’attitude résiliente est dynamique et passe par plusieurs phases de défense pour contrer les trajectoires négatives.

Une personne résiliente passe par une prise de conscience, une révolte, un refus de se sentir condamné au malheur, vient ensuite le souhait de sortir du traumatisme, en atteignant un objectif, comme une sorte de défi ou de rêve.

L’attitude de déni est parfois présente, elle consiste souvent à se créer une image de personne forte afin de se protéger de la pitié de l’entourage, même si une fragilité intérieure demeure.

L’humour est à la fois un composant et un acteur de la résilience : un résilient a tendance à développer de l’autodérision face à son traumatisme. Une manière de ne pas se complaire dans la tristesse et de cesser d’être exposé aux yeux des autres comme une victime de la vie.

La créativité est régulièrement une voie de la résilience, les personnes résilientes peuvent entrer dans une phase de création). Une façon d’exorciser le malheur, de sortir des sentiers battus et de marquer indirectement leur différence.

Pour expliquer ce mécanisme certains auteurs parlent de facteurs innés et acquis. Ainsi certains déterminants génétiques seraient à prendre en compte. En effet, selon les individus, le cerveau ne produit pas la même dose de dopamine, de sérotonine, et donc de substances euphorisantes. Certains enfants à la naissance seraient donc plus «actifs» et psychiquement plus résistants que d’autres.D’autres facteurs sont à intégrer, comme la personnalité de l’enfant, le climat familial dans lequel il s’épanouit (environnement harmonieux, sécurisant, attachement maternel fort) au cours des premières années de vie et enfin, le réseau de relations extérieures qu’il réussit à se créer (soutenant ou non, sécurisant ou pas).

EN CONCLUSION, Le concept de résilience est un concept particulièrement précieux pour toute personne intervenant auprès d’enfants et particulièrement de jeunes enfants. Il permet d’identifier un mécanisme déterminant dans leur développement et doit être compris comme un point d’appui pour tout éducateur. La résilience vient sérieusement étayer le concept d’éducabilité.

Toute réflexion sur l’éducation doit donc intégrer la recherche de ce point d’appui.

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