FORUM SCIENCE à MOSCOU, novembre 2018

Non Par Daniele

Dixième Forum international des ONG en partenariat officiel avec l’UNESCO

Moscou (Fédération de Russie), 26-27 novembre 2018

« Science, bien commun de l’humanité »

La science dans les têtes, la science dans le siècle

 

Avec ses évolutions scientifiques et technologiques, la science est à la base d’une nouvelle ère de notre civilisation et crée une nouvelle donne dans les activités et les relations humaines. Elle peut contribuer à des avancées extraordinaires dans de nombreux domaines ainsi que dans l’exploration de nouvelles voies menant au développement inclusif et durable – la science pour le bien de tous et pour la paix- comme prévu par le Programme de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030.

Mais la science peut aussi être utilisée dans la transformation des formes de guerres, l’utilisation des armes autonomes ainsi que dans certaines formes de manipulations génétiques et de création d’être humain « augmenté ». Ceci implique des responsabilités nouvelles, de nouvelles coopérations entre les scientifiques et la société, suscite aussi de nouvelles questions sur le plan éthique et social.

La science concerne aussi les jeunes qui jouent un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs mondiaux. Elle vise à accroître « l’alphabétisation scientifique » des jeunes citoyens et citoyennes, à attirer leur attention sur les possibles filières éducatives qui les prépareraient à poursuivre des carrières scientifiques.

L’importance de la science dépasse les questions purement scientifiques et nous concerne tous, tant dans nos choix individuels et collectifs que sociétaux et politiques.

Ouverture du Forum

L’objectif premier de ce forum était son utilité, à savoir comment élever la qualité du débat sur le rôle de la science dans notre société en prenant comme référence la Recommandation de l’UNESCO concernant la science et les chercheurs scientifiques, adoptée à l’unanimité lors de la 39e session de la Conférence générale.

Le second objectif était d’expliquer, de donner des repères et renforcer les capacités, de créer les conditions propices au développement d’un esprit critique, d’un consentement éclairé et d’un dialogue, car la science nous concerne tous mais fait l’objet de préjugés, d’attentes et de fantasmes. C’est une nécessité de contrer les messages anti-science et d’apprendre des sciences pour désapprendre les préjugés.

Enfin, ce forum a été l’occasion d’alerter et d’impliquer la société civile pour une meilleure compréhension des rapports entre le savoir scientifique et les défis actuels de la société.

Les jeunes sont un moteur pour le développement et l’innovation. Les ONG ont un rôle primordial à jouer en tant que lanceurs d’alerte et dans la promotion d’un dialogue citoyen impliquant toutes les parties prenantes. Il est de notre responsabilité collective d’œuvrer ensemble pour penser la science comme bien commun de l’humanité.

Organisé par l’Académie Russe des Sciences, la Fondation russe pour la Paix et le Comité de Liaison ONG de l’UNESCO, le forum a réuni 500 personnes venant des organisations non gouvernementales, des personnalités de la société civile et de la communauté scientifique de 51 pays.

Entre les séances plénières à l’ouverture et à la clôture du Forum, les participants se sont répartis en 25 ateliers fonctionnant simultanément, permettant à plus de 150 scientifiques russes et étrangers de s’exprimer et d’avoir une réflexion commune sur le renforcement de la responsabilité sociale des sciences et des scientifiques, ainsi que leur impact sur la prise de décisions politiques.

Les 3 plénières

Cinq grands thèmes figuraient au programme : Diplomatie scientifique, Éducation pour la science et science pour l’éducation, Le genre humain dans un monde moderne, Science et paix, Responsabilité sociale de la science.

L’enjeu était de privilégier le dialogue et l’effort de compréhension réciproque dans le contexte géopolitique mondial actuel où, dans l’opinion publique, il est très utile d’encourager un esprit de négociation plutôt qu’un esprit de confrontation. En particulier, on a vu, dans l’un des ateliers, des décideurs politiques de haut niveau, venus de Chine, des USA et de Russie, échanger très directement, en public, leurs opinions sur les questions de sécurité.

Atelier Perspectives pour un nouvel ordre mondial : points de vue des diplomates et des universitaires

La diplomatie scientifique facteur de coopération et de sécurité mondiale :

« La Science dans la Diplomatie » : aider la science à comprendre et à réaliser des objectifs diplomatiques, en utilisant des données scientifiquement fiables en vue de préparer des décisions informées. Impliquer des scientifiques comme experts qualifiés, impartiaux, observateurs fournissant au niveau diplomatique, lorsque cela est nécessaire, des avis fondés sur des faits objectifs. La science est plus à l’abri de l’influences d’idéologies politiques que tout autre institution de la société.

« La Science pour la Diplomatie » : nouvel instrument diplomatique d’amélioration et de structuration des interactions internationales par l’utilisation de la coopération scientifique et des alliances scientifiques internationales.

« La Diplomatie pour la Science » : l’assistance de la diplomatie pour l’établissement de collaborations internationales à grande échelle entre organisations scientifiques avec des accords mutuellement avantageux (exemple : Années Science et Éducation) et la simplification des formalités pour la coopération scientifique.

Lors de la séance de synthèse, les scientifiques et les chercheurs ont convenu que la diplomatie scientifique était le mécanisme le plus efficace dans le monde d’aujourd’hui pour soutenir les relations internationales. « La diplomatie scientifique prend de l’ampleur chaque année et devient avec confiance l’un des éléments clés de la pratique sociale mondiale d’aujourd’hui« .

La responsabilité sociale de la science pour les générations futures :

La science apporte des solutions pour la sécurité et le développement durable, cependant par exemple les catastrophes nucléaires ont toujours été la conséquence d’erreurs humaines prévisibles. Il faut préférer un développement responsable à un développement durable. La science cherche à apporter un équilibre entre le progrès technologique et la protection de l’environnement. Les aspects éthiques de la science doivent être anticipés dès l’innovation.

L’homme, par nature fragile, a pu prospérer et se développer grâce à la coopération et l’organisation collective en société. Il s’est intégré à la nature par la culture. La commercialisation des applications scientifiques est un frein puissant à l’exercice de la responsabilité sociale de la science. Pour permettre les échanges entre la communauté scientifique à l’échelle mondiale ne faut-il pas envisager la création d’un passeport scientifique, au même titre que le passeport diplomatique ?

Pour éviter que les nombreuses innovations technologiques de ce siècle, en particulier celles qui aujourd’hui copient la nature, ne servent à mal l’humanité, il est nécessaire de réglementer, d’encadrer la sécurité biologique, et d’introduire une dimension éthique et culturelle.

Atelier Responsabilité sociale de la science

L’humanité dans le monde moderne :

La nouvelle révolution numérique et biologique, pour quel homme et quelle civilisation demain ?

Les technologies deviennent une nouvelle forme de colonisation sans guerre, comme c’est le cas déjà pour l’Europe (Chine, USA), et simultanément l’épuisement des ressources peut ouvrir la voie à des guerres pour celles-ci et surtout pour l’eau.

La menace de la surexploitation de la planète et celle de la surpopulation jusqu’à 10 Milliards font peser un risque fatal sur l’humanité. Comment éviter un effondrement énergétique de l’humanité ?

Les défis sont aussi sociaux et économiques face à un contrat social libéral, avec un nouveau monde polycentrique, où seule la Chine poursuit la voie de la globalisation. Le nouveau paradigme de l’économie pour l’homme (et non l’inverse) s’inscrit dans le développement de l’individualisme au détriment de la société.

Pour les 50 prochaines années, l’agro-industrie sera confrontée à des problèmes de moyens et devra recourir à des gènes à 80% inconnus aujourd’hui. L’agrobiologie aura le monopole de ce siècle. L’émergence de la bio synthèse et bio économie vont permettre de produire des matières grâce à des micro-organismes, pour faire face à la baisse de la production agricole de 50 % (changement climatique, eau, épuisement des sols, etc…). La biosécurité est nécessaire avec des règlementations, car l’impact sur l’homme et l’environnement de ces micro-organismes génétiquement modifiés sont inconnus. L’OMS est la mieux qualifiée pour ce type de règles.

La reproduction par l’homme des systèmes de la nature, y compris l’homme, laisse entrevoir l’imitation du cerveau humain en mode analogique d’ici 2050, et ainsi celle-ci présentera une menace forte sur l’homme « normal ». Les améliorations de la santé proposées par la science ouvrent des voies dont on ne connait pas les conséquences : conséquences inconnues des nouveaux antibiotiques, de la nouvelle biologie synthétique et programmable, des codes génétiques modifiés, etc. Seul un encadrement étatique et mondial peut apporter une sécurité pour l’humanité.

Science pour la paix :

Assurer la paix et la stabilité au 21ème siècle à travers la quête d’une science basée sur le développement durable

Session consacrée aux relations russo-américaines : les principaux stocks d’armes nucléaires étant concentrés en Russie et aux États-Unis, la sécurité mondiale et la stabilité politique dans le monde dépendent principalement de ces deux pays. L’objectif principal est d’éviter le conflit nucléaire.

En ouvrant la session, le doyen de la faculté de politique mondiale de l’Université d’état de Moscou, l’académicien Andreï KOKOSHIN, a noté que « le problème de la stabilité politique est très préoccupant aujourd’hui« . Et cela est dû principalement au fait que les accords bilatéraux entre les États-Unis et la Russie dans le domaine de la maîtrise des armements cessent de fonctionner avec la dénonciation de traités datant de 1987 sur les armes nucléaires de portée intermédiaire.

Une autre session a été consacrée à « Science et Art pour la Paix ». On retiendra en particulier la place importante tenue par l’argile dans des domaines aussi variés que l’habitat, l’art et la technologie, le projet « Argile pour la paix » impliquant plusieurs pays du Moyen Orient dont des ateliers israélo-palestiniens autour de la poterie, ainsi qu’un projet artistique russe impliquant la réalisation d’objets par impression 3D.

Atelier Science et Arts pour la Paix

Vase réalisé par impression 3D

Autre intervention à retenir, celle de Feodor VOITOLOVSKY (Directeur à l’Institut de l’économie mondiale et des relatons internationales de l’académie des sciences de Russie – IMEMO) qui a brillamment décrit l’état des échanges économiques entre les grandes puissances et notamment ce qui concerne la géostratégie militaire et les ventes d’armes.

Clôture du Forum

Déclaration lue à l’issue du Forum sur la Science, Moscou, 27 Novembre 2018

Après avoir participé au forum « La science, bien commun de l’Humanité » pendant ces deux jours et échangé autour de nos expériences sur le rôle de la science,

Nous ONG partenaires de l’UNESCO venant des différents pays du monde, nous appelons chacun et chacune

  • à donner, sous toutes formes appropriées, une suite à ces échanges dans un esprit d’écoute et de compréhension réciproque
  • à faire connaître en particulier la « Recommandation de l’UNESCO concernant la science et les chercheurs scientifiques » adoptée en novembre 2017 par tous les Etats membres et à s’y référer, chaque fois qu’il y a lieu, afin de la faire vivre et qu’elle soit utile au progrès de l’Humanité
  • et à encourager le développement de la responsabilité sociale par des pratiques éthiques qui contribuent à l’avancement du savoir pour le bien commun
  • à encourager la participation de tout citoyen/toute citoyenne de par le monde et l’inclusion en particulier des jeunes et des femmes par l’éducation à la science, pour l’acquisition de compétences essentielles et nécessaires aux métiers d’avenir et pour le développement durable
  • à développer le dialogue entre les scientifiques, les décideurs politiques et la société civile représentée ici par les ONG, pour qu’elle joue, pour que nous jouions un rôle actif dans l’identification et la mise en œuvre d’actions spécifiques afin de profiter des avancées de la science
  • à soutenir les efforts de coopération scientifique internationale et d’innovation, en ce qui concerne la recherche à tous les niveaux, et l’utilisation des résultats de la recherche dans le but de la paix dans le monde, de l’avenir de la planète et du bien commun.

Danièle Perruchon, présidente OMEP-France, avec Natalya et Igor Rhyzov, comité Russe de l’OMEP

Moscou :  la cathédrale Basile-le-Bienheureux ; une partie du Kremlin ; le théâtre du Bolchoï

 

ANNEXE

FORUM SCIENCE Source UNESCO (en français) : http://www.ngo-unesco.net/fr/?page_id=1582

10ème FORUM INTERNATIONAL
DES ONG EN PARTENARIAT OFFICIEL AVEC L’UNESCO

 LA SCIENCE BIEN COMMUN DE L’HUMANITE, LA SCIENCE DANS LES TETES, LA SCIENCE DANS LE SIECLE

Moscou, Fédération de Russie, 26 et 27 novembre 2018

Le dixième Forum international des ONG en partenariat officiel avec l’UNESCO se tiendra à Moscou (Fédération de Russie) les 26 et 27 novembre 2018, et sera organisé en partenariat avec la Fondation russe pour la paix et l’Académie des sciences de Russie.

Organisé par le Comité de liaison ONG-UNESCO en coopération avec le Secrétariat de l’UNESCO conformément aux Directives concernant le partenariat de l’UNESCO avec les organisations non gouvernementales (36 C/Résolution 108), le Forum se penchera sur le thème « Science, bien commun de l’humanité » et sera structuré autour de deux axes principaux : « La science dans nos têtes » et « La science dans le siècle », abordant des questions actuelles et diverses comme la liberté académique, la contribution des sciences à la paix, ou encore l’évolution de l’intelligence artificielle.

Document d’information sur le forum : 

Note conceptuelle

Déclaration à l’issue du Forum :

Déclaration faite à l’issue du Forum sur la Science, Moscou, 27 Novembre 2018

FORUM ON SCIENCE Source UNESCO (English) :

http://www.ngo-unesco.net/en/?page_id=771
The Tenth International Forum of NGOs in official partnership with UNESCO will take place in Moscow, Russian Federation on 26 and 27 November 2018, and will be organized in partnership with the Russian Foundation for Peace and the Russian Academy of Sciences.

Organized by the NGO-UNESCO Liaison Committee in cooperation with UNESCO Secretariat in accordance with the Directives concerning UNESCO’s partnership with non-governmental organizations (36 C/Res. 108), this Forum will address the theme “Science as a common good of humankind” and will be structured around two pillars: “Science in our minds” and “Science for our times”, looking into various current issues including academic freedom, the contribution of sciences to peace and the evolution of artificial intelligence.

Important document for the Forum :

Concept note

Important document for the Forum :

Declaration made at the closing session of the Science Forum, Moscow, November 27, 2018